La paix méditerranéenne

par Giancarlo Calciolari (editor de Transfinito.it)


Dans le livre Les trois monothéismes, Daniel Sibony analyse l’origine en partage, c’est-à-dire Jérusalem comme base des trois religions monothéistes. Il analyse la religion du père et l’hèbraisme, la religion du fils et le christianisme ; et il analyse la question de l’islam comme celle qui se pose entre frères. Pour Sibony, il s’agit des trois frères dans la religion monothéiste. Nous lisons dans l’islam la religion du frère et nous posons la question de son instance intellectuelle.

Donc, nous lisons en nous tenant à la question intellectuelle du frère, sans jamais se faire prendre au lacet de sa négation, c’est-à-dire le fratricide.

Toutes les hypothèses déductives sur comment ira la question israélienne-palestinienne sont catastrophique : toutes les hypothèses basées sur un savoir comme cause comportent l’élimination de l’Autre. Le tiers exclu est aussi exclusion du frère et de l’hôte. Il faut savoir que la politique qui procède du fratricide n’à jamais de paix et ne rencontrera jamais la paix.

Quelle est donc la politique du fratricide que nous trouvons aussi dans beaucoup de mythes ? C’est la politique qui procède de et qui rejoint le , qui va du point de départ au point d’arrivée en faisant un cercle, le dire vicieux est encore peu de chose. La circularité de l’un nie le frère et l’Autre. La pensée grecque - non la leçon des trois monothéismes - a formalisé cela avec le principe du tiers exclu. Le principe de sélection des humains. Le principe du mur, de la cité murée contre l’Autre et contre le mur du son de la parole.

Du mur du son procède la mélodie de l’Autre sur laquelle insistent la prière et la parole islamiques, et c’est une mélodie qui n’est pas du sujet ni du collectif. Le frère certifie le fils, il n’est pas son rival, il n’est pas son ennemi. Seulement en ôtant le père (porté par la leçon hèbraique), le frère (porté par la leçon islamique) résulte ennemi du fils (porté par la leçon chrétienne). Mais, là où chaque leçon vient s’intégrer, il n’y a plus de fratricide. Le Coran est de même, en le lisant entre les lignes - une intégration du texte hébraique et du texte chrétien, et non seulement. Là où chaque fondamentalisme cherche l’impossible réalisation, en niant le texte, en niant Dieu, en le faisant en son nom - - il réalise tous les massacres de l’histoire, parce que le Dieu agent pour conte des humains est fait à image et ressemblance des exigences du fondamentalisme. La leçon des trois monothéismes va dans une toute autre direction. C’est l’homme à être fait à l’image et à la ressemblance de Dieu, qui reste non représentable, non connaissable, innommable, insignifiable.

L’hypothèse qui a sa vérité dans ces prémisses logiques, et qui en tant que telle trouve confirmation dans l’expérience, est la matrice de tout fondamentalisme, qui exclu l’Autre pour créer le fond de tout racisme.

Il faut parier sur l’hypothèse abductive de la paix méditerranéenne, sur l’hypothèse pragmatique, sur l’hypothèse diplomatique : l’hypothèse qui n’est pas préconfectionnée dans les prémisses logiques de ce qui est donné comme et comme . Dans ce cas, la guerre entre Israël et la Palestine. L’hypothèse abductive s’écrit avec la table diplomatique qui procède de l’alliance, de l’ouverture même des choses, qui n’exclue personne.

Comment entendre la politique sans plus les principes du probable, du possible, de la croyance, de la revendication, de la vengeance, du conflit infini ? Comment cesse la langue des litigants (ainsi appelés par Léonard) ? Comment cesse le discours de la guerre ? Le discours de la mort nécessaire ? Avec la leçon de la renaissance, et aujourd’hui la leçon de la deuxième renaissance, promue par Armando Verdiglione.

N’y a-t-il pas eu de renaissance dans l’hébraïsme, dans le christianisme, dans l’islamisme ? Les arts et les inventions de Léonard da Vinci non pas encore résolu le faire par nécessité, c’est à-dire l’hypothèse de la prostitution universelle ? L’art de la guerre et l’art de la politique de Machiavel ne sont pas encore arrivées à dissoudre la politique de la guerre substantielle et mentale, militaire et religieuse, ou bien tribale ? Le ciel de Galilée n’est-t-il pas encore notre ciel ?

Il faut la foi absolue dans la réussite, dans la paix méditerranéenne, de laquelle procède le futur en acte de la planète. En faite, si le futur est idéal, il annonce seulement le prochain massacre de l’histoire.

La Bible indique la foi comme indispensable à la réussite et non pas pour la destruction de l’ennemi, de l’infidèle, mais par l’édification de la cité intellectuelle ou coulent et non plus le sang.

Aucune alternative à l’instance de la victoire, qui ne s’exercice plus contre l’Autre. Elle est soulignée par l’engagement de l’autorité et de la responsabilité, bien au-delà du théâtre tragique des parts conventionnellement partagés en autoritarisme et anti-autoritarisme.

L’autorité et l’instance de la victoire intellectuelle concernent chacun, aucun exclu. La guerre intellectuelle est une guerre sans plus d’écoulement de sang, sans le sang versé, sans plus d’ennemi, et cette guerre n’est pas facile du tout : elle demande la traversée de la difficulté pour arriver à la simplicité en faisant sans plus d’attente ni de renvoi ni de réserve mentale. Sans plus de briques substantielles et mentales pour ôter le mur de l’écoute.

Il faut la procédure par intégration de chaque instance intellectuelle, même de l’islamisme, de l’indouisme et aussi du bouddhisme.

Sans la paix méditerranéenne aucune chance d’intégrer dans la paix intellectuelle la Chine et l’Inde.

Sans la paix intellectuelle, la Chine sera toujours avertie comme un danger jaune. Et déductivement – si n’est pas accueillie la leçon que nous sommes en train d’écrire - la Chine sera la source des massacres de la deuxième moitié du premier siècle du troisième millénaire.

Il faut la restitution du texte. Et non pas les souvenirs qui poussent à la guerre contre l’Autre.

La spécularité des accusations, de tous bords appartient au souvenir, à la négation du texte. Ce n’est pas un cas que Freud appelle le souvenir toujours .

Quelle est alors la leçon de civilisation ? Qu’il n’y a plus la possibilité de choisir la mort, ni en faisant exploser le ni en faisant exploser l’, ni contre le mur ésotérique ni avec le mur exotérique, ni la clandestinité ni ce que l’on pourrait appeller avec un néologisme la palamitude (esse palam), la propriété d’être de domaine public.

En ôtant le mur de l’écoute, le mur du son de la parole, il reste le souvenir du mur. L’algèbre et la géométrie du mur. Ceux qui ordonnent de faire les murs et ceux qui les font, les législateurs et les exécuteurs. Ce ne sont pas les murs de la cité de l’hôte, qui d’autre part s’appuit sur le mur de son. C’est avec son instauration qu’il n’y a plus d’implosion et d’explosion qui puissent arrêter le temps, qui est aussi le temps de la paix.

Il n’y a pas de choix entre la question de vie et la question de mort. La vie n’est pas une variable de la fonction de mort. Contre Aristote, l’homme n’est pas un animale mortel, donc aucun renvoi de la question intellectuelle. Ou chaque élément entre dans la parole ou chacun se prive de l’intelligence, pour s’adapter à la pseudo vie parallèle et conventionnelle. En autres termes, c’est la vie de la délégation : à Dieu, au peuple, au parti, au sol, au sang, à la race, à l’argent, au pouvoir…

Les religiosités constituent la délégation à Dieu, elles se créent un Dieu à leur propre usage et consommation pour célébrer les fastes et les néfastes de toute généalogie du pouvoir.

La langue propre - celle de chacun qui retient de tout savoir, en particulier et en générale sur l’Autre - a dans ses prémisses logiques sa vérité contre l’Autre (et sans le savoir contre soi) pour l’exclure, pour le réfuter, pour l’éliminer, pour le démolir en utilisant son même langage. Avec cette langue propre, nous ne sommes pas en condition de lire des textes et encore moins de restituer quelque chose qui puisse rester. La délégation à l’Autre ne fait que l’ôter pour édifier son souvenir dans les habits du racisme.

Il faut entendre que la délégation à Dieu n’est pas la délégation à Dieu, c’est-à-dire qu’elle ne réussit pas, elle résulte donc une négation de Dieu.

Avec la langue commune (commune à une communauté pour exclure la et l’) on arrive à l’alliance finale, à la paix dans la nécropole : par la mort des tous les adversaires, après la .

Le pacifisme est encore , variante laïque de la formule , . Le laïcisme porte encore l’empreinte de sa définition par opposition à la religion, mais il n’est pas question de non-religiosité (qui est encore une forme de religiosité), mais du théorème : , parce qu’elle n’est pas dans la parole originaire. C’est un fantasme, qui dans son étymologie signifie une copie d’une copie.

La paix n’est pas un but à conquérir avec une guerre, que les uns l’appellent juste et les autres injuste, et vice-versa. Les choses procèdent de l’ouverture. La méditerranée est nord et sud, est et ouest. Donc, la méditerranée comme horizontalité et verticalité, comme croix, comme nœud, comme arbre. L’intrigue de la paix.

Religion de la paix sans point de religiosité. Obligation à vivre (c’est toujours l’étymologie de liaison) et non pas d’administration de la mort. Aussi, la paix procède de la religion sans plus de religiosité.

La religion est relation. Le côté de la vie. Pendant que la religion de la religion, c’est à dire la religiosité, cherche à édifier le lotissement, le partage mafieux du côté : elle renferme l’ouverture et transforme l’arche en bière, en couverture de mort, dans un souvenir qui nie la mémoire originaire, afin que chacun survive de la mort et s’empiffre de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, en excluant du paradis l’arbre de la vie, désormais perdu aussi par les théologiciens.

Ni compromis sociale ni conflit social. Ni majorité silencieuse ni minorité bruyante. Il faut l’alliance intellectuelle et la politique de l’hôte. Personne ne sait ce que Dieu veut. Cela est la leçon de l’Ancien Testament : les choses sont infigurables, irreprésentables, inconcevables. En d’autres termes, la vérité n’est pas déjà donnée, elle n’est pas ontologique, elle n’appartient pas à l’être mais au pragme. Il faut un effort inimaginable pour le voyage intellectuel. Freud a appelé cet effort , Machiavel , Léonard . Verdiglione a appelé cet effort intellectuel , , .

Il est à vérifier si dans le Coran Dieu agit pour les humains et non pour l’œuvre à la conclusion des choses, qui d’ailleurs fuit au contrôle et à la maîtrise humaine. Et comme nous ne faisons pas une lecture rèalistique et psicotisante de la Torah et de la Bible, il faut se tenir au même critère de lecture pour le texte islamique.

Le compromis entre le texte chrétien et le texte grec a fait du Fils un fils unique. Alors, pour cet aspect, émerge l’islam comme question du frère, comme certification du fils, et non comme autre frère opposé au premier ou au deuxième fils (frères qui se prendent chacun pour unique). En tant que gnose, l’islamisme pousse au fratricide et c’est pour cela que dans le jargon ils sont tous frères. Maomette II, le Conquérant, qui gouverna entre 1451 et 1481, affirmait que pour chaque sultan devait tuer ses propres frères.

Le Coran ne fait pas table rase de la Torah et de la Bible. Il faut la restitution du texte de l’islam comme instance culturelle. Le frère n’est pas exclu et certifie l’admission du fils. Et la mélodie n’est pas du peuple mais de l’Autre, c’est à dire aussi de l’Autre temps de la paix.

Il faut vanifier que la mélodie de l’Autre puisse se donner sans la prosodie du père et sans la rapsodie du fils. Il ne faut pas écrire la parodie mais l’ode de l’islam ; il faut l’hypothèse abductive de l’islam, pendant que le témoignage semble concerner exclusivement des hypothèses déductives de l’islam, ou bien des souvenirs fondés sur la négation de son texte. Chaque fondamentalisme est une négation du texte sur lequel il présume s’édifier. Et l’algèbre du texte nous rend géomètre de sa négation.

Nous nous trouvons à lire la Bible, à effleurer la Torah et le Coran, aussi comme délégation impossible a Dieu. Et donc il faut cette lecture de la gnose hébraique, de la gnose chrétienne et de la gnose islamique. Mais ce qui compte est le texte, non la gnose. L’intérêt est pour Dieu comme opérateur et non pour la délégation en son nom.

L’ nous intéresse dans son acception d’abandon intransitif. Nous intéresse l’étymologie de dans l’acception de celui qui agit selon la direction de vie et dans l’acception de conciliateur, non pas comme sujet, mais comme dispositif de conciliation, dispositif diplomatique, dispositif intellectuel.

Aucune paix sans l’islam. Chacun de nous est juif, chrétien, musulman. Et non seulement, par intégration des instances culturelles et non par désintégration du racisme habillé de religiosité, toujours attribuée à l’Autre.

Nous n’avons aucun intérêt pour l’algèbre et pour la géométrie des fondamentalismes. Le bien et le mal de chaque fondamentalisme s’attache au mal de l’Autre fondamentalisme pour réaliser le sien comme bien suprême, selon l’extrémisme le plus féroce.

La paix ne vient pas à la fin comme alliance pour se partager le pouvoir entre frères selon une juste géométrie du partage de Jérusalem, prise comme un gâteau. Aucune polis algébrique et géométrique du fini pour mieux exclure le tiers. Jérusalem est le zéro de la parole pour chacun, israélien, palestinien, italien, chinois, brésilien, maliens… pour chaque habitant de la parole, sans plus d’habitude conventionnelle ou anti-conventionnelle.

Il faut être clair : le Dieu qui veut, le Dieu qui sait, le Dieu au nom duquel sont accomplis les massacres est la négation de Dieu. Le Dieu agent, le Dieu qui agit pour la main des hommes est la négation de Dieu comme foi absolue. Il serait l’idole à la porté de tous les hommes, à la porté de main de singe. Le Dieu comme opérateur est Dieu comme connection entre les logiques, non réductible à un discours autour de Dieu (théo-logie).

Le fondamentalisme est une idée de maîtrise et de contrôle parmi les autres. Il faut le texte islamique sans l’idée de maîtrise, c’est-à-dire sans le compromis avec le discours grec et son système. Il faut aussi la restitution du texte grec, sans le système d’Aristote. Et aussi le texte d’Aristote sans le système.

Le texte est à restituer avec la lecture et il n’est pas à appliquer, ce n’est jamais un texte pour l’action. Il ne faut dans le texte aucune idéologie pour l’action, qui est toujours donnée dans le fondamentalisme comme action pour sauver l’humanité.

Quelle est la modernité de l’islam ? Quel est la renaissance de l’islam ? Quel est irruption des femmes dans l’islam ? La réponse concerne les islamiques et les non islamiques. Poser la question intellectuelle vaut à poser en premier la transformation culturelle, puis la transformation politique et à suivre celle économique. Et non pas l’inverse.

Notre travail intellectuel est aussi un texte d’écriture civile, sans plus d’idéologie, ce qui reste à noter aussi par la zoopolitique, qui cherche toujours à comprendre si ce qui écrit appartient à un front politique plutôt qu’à un autre.

Les choses que nous écrivons et la voie dans lequel nous nous trouvons s’appuient sur le droit de l’Autre.

Il n’y a aucune langue de la communication sans la restitution du texte, autrement les préjugés circulent et reviennent comme des présumées vérités ontologiques.

La guerre fondamentale, et aussi ontologique, cherche l’avantage dans les changements, dans le respect de l’immobile. Et la paix comme but, comme fin, est l’indice de l’immobilisme : elle annonce la nécropole comme cité de la calme, de la dernière tragédie.

L’impérialisme est au nom de la paix et ne fuit pas à l’héraldique : la généalogie entre chien légal et canaille illégale. Telle est la paix comme raison suprême des armes de la zoopolitique.

Mais autre est la direction, sans les raisons zoophiliques du sang : la paix comme logique et comme chiffre de la parole. Non pas la parole qui rejoint la paix, mais la parole qui arrive à sa satisfaction, à sa conclusion.

Il faut réinvente la paix méditerranéene et dissoudre les spectres de l’obscurantisme, en vanifiant la croyance dans le danger méditeranéen. Notre contribution à la paix réside aussi dans l’indication intellectuelle au débat. Également dans l’indication que celui qui ôte la liberté se présente toujours comme le dernier sauveur, le dernier libérateur : le libérateur nécessaire.

La paix suit au droit de l’Autre et à l’écriture du pragma, de ceux qui se narre et qui s’écrit en faisant.

Il n’est pas facile d’entendre la paix sans plus de pacifisme ni de bellicisme, les deux visages de la négation de la paix.

La paix méditerranéene est indispensable pour la paix planétaire et pour dissoudre bientôt ce qui sera prospecté comme le dernier danger, le .

Dans l’écriture de cet article nous nous sommes avantagés de la lecture presque trentenaire du texte d’Armando Verdiglione. Et, entre autre, nous signalons la contribution de Sergio Dalla Val essentielle au débat : , dans le livre Il brainworker. Atti del congresso internazionale Brainworking. Il capitalismo intellettuale, Milano, 30 décembre 2001, édité par Spirali.

 



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